Écrire encore

 

Tu me dis « viens à moi »
Je me lève doucement
Des cendres s’accrochent à moi
Mais je ne les vois pas
Je m’approche, je trébuche
Me voilà devant toi.
Tu me tends une feuille
Dans tes yeux un sourire
Quand tu me dis « écris »
Je prends la feuille, timide
Je ne sais quoi en faire
Tu me répètes « écris
« Écris-moi ta passion
Je voudrais bien la lire »
L’envie est contagieuse
Alors, j’écris, pourtant
Je n’écris pas l’amour
J’ai oublié les mots.
J’écris ceux qui me restent
J’écris les mains qui touchent
Les bouches qui se posent
Les corps qui s’abandonnent
Les seuls mots qui me restent.

 

Je quitte l’évocation
Et mes mots se font crus
J’écris le con, le cul
Le vit et la cyprine
Ce délicieux nectar.
Je n’écris plus l’amour
Ces mots-là sont perdus
Non, j’écris seulement
La jouissance incarnée
Les corps qui s’entrechoquent
Dans une danse frénétique.

 

Ici, point de tendresse
Point d’amour éperdu
Encore moins d’amitié
Ces mots-là sont perdus
Ces mots étaient les siens
Je ne les écris plus.

 

Il me reste d’autres mots
Et ils sont tristes crois-moi
Il reste des mots qui pleurent
Il reste des mots qui saignent
Des cris d’angoisse la nuit
Un poulpe qui étouffe
Il reste des douleurs
Que je ne peux écrire
Des sanglots retenus
Et ce vide dans un cœur
Ma passion est souffrance
Mes mots écorchés vifs
Les vrais mots qui me restent
Sont tous désespérés.

 

 

Nous sommes lundi, et le lundi, j'écris. Ces mots de désespoir sont venus au réveil.
Et c’est pourquoi, vois-tu, que moi je n’écris plus : j’ai peur de t’effrayer
Les mots viennent parfois, et me surprennent quand ils sortent. Que disent-ils de moi ?
Que disent-ils sur moi ? S'agit-il seulement, uniquement de moi ?

Photo by Adam Muise on Unsplash

 

J’ai entrepris un siège que je ne peux tenir

Tes défenses sont solides et je n’ai pas les armes.

Je le sais désormais, je n’aurai pas ta bouche,

Je n’aurai pas ton corps et encore moins ton cœur.

Je voudrais tempêter, crier, te supplier,

Mais entre nous se dressent des murailles de silence.

Alors je reste là, car je ne sais que faire,

Je contemple, accablée, les ruines qui m’entourent,

Notre amitié perdue, dévastée par mon fait.

Je touche un souvenir, sous mon doigt, il s’effrite.

Un vent glacé m’étreint et me fait frissonner.

Il lève cendres et scories, tant de moments perdus.

L’air est irrespirable, les braises transpercent ma peau,

Les cendres me piquent les yeux, m’empêchent de respirer.

Je devrais m’en aller et quitter ce ravage.

Pourtant je reste là, car je ne sais comment,

Comment abandonner et pourquoi renoncer ?

J’ai perdu, je le sais, tout du moins, je le crois

Pourtant j’espère encore que tu me fasses gagner.

Je devrais m’en aller, je devrais renoncer

Et laisser derrière moi ces ruines abandonnées.

Et non, je reste là, je crie, tempête et rage

Je reste et m’avilis au pied de tes murailles.

J’ai perdu. Je devrais m’en aller, accepter ma défaite.

Je n’en ai pas la force. J’ai si froid loin de toi.

Les décombres qui m’entourent sont tout ce qui me reste.

Je les fouille, le cœur gourd, espérant y trouver

La faille qui fera tes murailles s’écrouler

J’ai entrepris un siège que je ne peux tenir,

Lancé une conquête qui ne peut aboutir,

Je le sais, et pourtant, je n’ai pas le courage

D’admettre ma défaite. Alors je reste encore.

Et oui, je reste là, me couche dans les décombres.

Je reste et j’en appelle à ta miséricorde.

Achève-moi, je t’en prie. Mets fin à mes souffrances.

S’il te reste pour moi un semblant d’affection,

Du haut de tes murailles, commande-moi de partir.

 

Le mois de septembre est bien entamé. Le défi des micronouvelles de l’été est terminé. Je n’ai pas participé tous les jours. Pourtant j’en ressors avec une certaine satisfaction. J’ai eu quelques idées qui pourraient, pour peu que je m’y attarde, faire la base de nouvelles.

Un autre défi vient de commencer, je ferai au mieux ;).

En parallèle, je compte travailler sur le recueil des Divagations, ainsi qu’une nouvelle en souffrance depuis trop longtemps.

Et bien entendu, au fil de l’eau, des textes courts ou poèmes que je publierai sur ce blog et sur twitter. Comme celui là, tout chaud sortit du four.

 
 
Photo by Matt Howard on Unsplash