Performance

à Camille

Y arriverais-je seulement ?
Cette question qui me tue
Cette question qui me serre
Et le cœur, les tripes.

Je voudrais la faire jouir
Par mon corps, par mes mains
Par ma bouche, par ma queue
Y arriverais-je seulement ?

Elle en a connu d’autres
D’autres mains, d’autres bouches
Serais-je à la hauteur ?
Y arriverais-je seulement ?

Elle me regarde doucement
Car elle sait que je doute
Mais comprend-elle seulement
Combien la peur m’étrangle.

Peur de la décevoir
Peur d’être moins que les autres
Peur d’un « c’est pas si grave »
Si mon corps fait défaut.

J’ai peur devant ce corps
Qu’elle m’offre sans retenue
J’ai peur. Y arriverais-je ?
Elle me parle, que dit-elle ?

Oser c’est vivre ?
Et bien, osons
Et bien, vivons.

 

 

 

 

 

 

Je suis la source

Je suis le soleil, les embruns
Je suis le soufre et le volcan
Je suis l’eau douce, celle du Carbet.

Je suis les alizés
Je suis l’amour
Je suis la vie.

Viens dans mon cou
Sens mon odeur
Celle du soleil.

Goûte ma peau
Ma peau cannelle
Ma peau muscade.

Sens sous ta langue
Le sel de vie
Mer Caraïbes.

Viens mon Ami
Viens t’abreuver
Viens à ma source.

 Trahi

À Camille

 

Ma chère, mon alter ego m’a laissé tomber !

Je dois le reconnaître, il m’a vraiment trahi.

Oui, ma chère, je t’assure, tout allait bien, crois-moi.

Et puis un jour, comme ça, d’un coup ça n’allait plus.

 

Il était fatigué, usé de notre vie.

Je te parle de ce jour où mon corps m’a trahi.

Bien sûr, je l’aime toujours, enfin, j’essaie, crois-moi.

Mais c’est bien difficile, vois-tu : il m’a trahi.

Il m’a fait prendre conscience de ma fragilité

Je ne suis pas fini, mais j’aurai une fin.

 

Voilà ce qu’il m’a dit. Je le savais, bien sûr.

Mais comme toi, je l’oublie, j’aurai une fin, c’est sûr.

Mais d’ici là ma chère, il faut que nous vivions

Alors je le bouscule, je fais du sport, je sors

Et lui il se défend, m’accable de fatigue

Il réclame des pauses, des moments de répit.

Et moi je ne veux pas, mais je n’ai pas le choix.

 

Que me dis-tu, ma chère, il faut que je pardonne ?

C’est mon alter ego, je lui en veux encore !

Il faudrait faire la paix, oublier la traitrise ?

Ce serait mieux, dis-tu, que je pardonne enfin ?

Que j’avance avec lui et non plus contre lui ?

Ah, je t’entends, ma chère, tu as raison sans doute.

 

D’accord, reposons-nous, reposons pour l’instant

Demain, nous reprendrons, si tu le veux mon corps

Demain, nous irons mieux, le veux-tu bien mon corps ?

Demain, nous avancerons, car tu le sais mon corps

Tu m’as trahi, et oui, mais j’ai besoin de toi.

 

Mon corps, je te pardonne et j’absous tes faiblesses

J’accepte tes limites. Je te pardonne, mon corps.

Demain, nous avancerons, à ton rythme, pas au mien.

Et nous ferons de pauses, si tu en as besoin.

Demain, mon corps, nous vivrons, tous les deux.

Encore.