Je suis sur un banc, assise à ses côtés. Lui qui aurait pu être mon père.
Nous sommes tous les deux à Ithaque pour une retraite d’écrivains. Il a tenu à me faire découvrir ce bar en bord de méditerranée. Nous y avons passé une soirée délicieuse à rire, parler, chanter et danser même. Les calamars étaient succulents, l’ouzo a coulé à flots, peut-être un peu trop. Quand le bar a fermé, aucun de nous deux ne voulait que la soirée se termine. Alors nous avons marché le long de la côte avant de nous poser sur un banc face à la mer.
Nous sommes sur ce banc, les yeux perdus dans l’eau qui miroite sous la pleine lune. Et nous continuons à parler, de nous, de notre passé. Nous sommes comme deux amis qui se sont perdus de vue et qui veulent rattraper le temps perdu. Il évoque un souvenir douloureux. Alors, nous faisons une pause et nous regardons la mer. Le temps s’étire.
La conversation reprend, doucement. Nos voix sont feutrées, à peine un murmure…
Une brise se lève. Je frissonne un peu.
« Vous n’avez plus votre étole ?
– Ah ! non, j’ai dû la laisser au bar
– Attendez. » Il prend le pull qu’il portait négligemment sur ses épaules. Et avant que je n’aie le temps de réagir, il le pose sur moi.
Sa main effleure mon bras.
Je frissonne à nouveau, mais pas de froid cette fois.
Sans trop y réfléchir, je me rapproche de lui. Il ne dit rien et laisse son bras, là sur moi. Je me rapproche encore, me blottis contre lui.
Il soupire.
« Écoutez… » Il cherche ses mots. Je pense savoir ce qu’il va dire. J’attends.
« Je suis trop vieux pour vous. »
Voilà, il l’a dit. Il l’avait déjà dit autrement, mais…
« Vous voulez dire que je suis trop jeune ?
– oui, aussi… vous pourriez être ma fille
– Mais je ne le suis pas, pas si jeune, pas votre fille… »
Le silence retombe. Il ne me repousse pas, je prends cela comme un signe. Je pose ma main sur sa cuisse, délicatement. J’ai peur de l’effrayer.
Sa voix est un peu plus rauque quand il me dit : « regardez-moi. »
Je tourne la tête vers lui.
« Que voyez-vous ? »
Je parcours son visage des yeux, à la faveur de la lune, je vois ses cheveux poivre et sel, plus de sel que de poivre, son visage buriné, ses yeux si doux, sa bouche. J’ai envie de cette bouche.
« Alors ?
– Je vois une bouche que j’ai envie d’embrasser.
– Vraiment ? Vous dites ça pour faire plaisir à un vieux monsieur… » Son ton est un peu triste, chargé de regrets.
Je n’hésite plus, je l’embrasse.

Il semble surpris par mon geste. J’ai posé un baiser chaste sur ses lèvres et je me suis reculée, juste un peu. Sa main s’est un peu crispée sur mon épaule, comme s’il se retenait de me tirer à lui. Nos visages sont si proches, nos souffles se mêlent.
Il faut que je lui laisse le choix maintenant.
J’attends dans cet instant suspendu, j’attends qu’il me repousse, me dise encore que je suis trop jeune, qu’il ne peut pas, qu’il n’ose pas…
J’attends, une main sur sa poitrine. Je sens sous mes doigts son cœur battre la chamade.
Il pose une main sur ma joue « Tina… »
Sa voix est chargée de regrets, encore.
Une pointe de douleur acérée entre mes côtes, il va dire non. Je me prépare à l’impact de son rejet. Je ferme les yeux.
Un doigt passe sur mes lèvres, lentement. Je retiens mon souffle.
Des lèvres, les siennes, j’attends encore.
Sa bouche est toujours contre la mienne. Une langue, la sienne, je l’accueille. Notre chaste baiser devient vite langoureux. Il me presse contre lui, ou est-ce moi qui me presse pour épouser son corps ? Et puis, me voilà assise à califourchon sur lui, sa tête entre mes mains, ses mains à lui dans mon dos, sur mes fesses, mes cuisses. Il quitte mes lèvres pour embrasser mon cou. Il s’empare d’un sein à travers ma blouse et murmure mon prénom comme une incantation. Je caresse ses épaules, sa nuque, sa tête, toute partie de lui que je peux atteindre. J’ai envie de lui là, maintenant, sur ce banc avec la méditerranée pour témoin.
Il se redresse, passe une main dans ses cheveux « qu’est-ce que tu me fais faire ? » Ah, on passe au tutoiement…
« J’ai envie de toi, maintenant…
– Oui je sais, mais pas ici. Allons à l’hôtel, je m’occuperai de toi, tu verras.
– Vraiment ?
– Vraiment. »
Il m’aide à me lever. Il m’embrasse « ah, Tina. » Il me serre contre lui. Nous restons debout un moment dans les bras l’un de l’autre, sans un mot. J’ai l’impression d’avoir toujours appartenu à ces bras.

Nous marchons en silence vers l’hôtel. Des émotions se présentent à moi et défilent, le doute, l’incrédulité, la joie, le désir. Et la peur. La peur qu’il change d’avis sur le court trajet. Il attrape ma main dans la sienne. A-t-il senti ma peur ? Cherche-t-il à se rassurer lui ?
Nous sommes arrivés. « Allons dans ma chambre. » Son sourire est un peu triste. Je me maudis intérieurement et pourtant je l’arrête devant la porte. « Tu… on n’est pas obligés. Si tu préfères, on en reste là…
– Tu… tu ne veux plus ?
– Non, enfin si ! Je ne voudrais pas te forcer la main… c’est tout. »
Sa réponse est sans appel, il me plaque contre le mur à côté de la porte et m’embrasse. Ah, ce baiser ! Et son corps contre le mien… Il recule, son sourire n’est plus triste, oh non. Un bras passé à ma taille, il déverrouille maladroitement la porte puis me tire à sa suite dans la chambre.
Il me lâche le temps d’ouvrir le lit, d’en repousser les couvertures. « Allonge-toi. »
Je m’assois sur le bord du lit et commence à défaire mes sandales.
« Non, laisse, allonge-toi. »
Je m’allonge sans un mot, le souffle court.
Il s’assoit à mes pieds. « Ma charmante amie, je vais m’occuper de toi. »
Il dénoue les brides de mes sandales, me déchausse.
« Ah, ne bouge pas, je reviens. »
Il va dans la salle de bain, j’entends de l’eau couler.
Il revient, s’assoie à nouveau à mes côtés et pose les mains sur mes chevilles. Elles sont légèrement humides. Je suppose qu’il s’est lavé les mains.
Ses mains qu’il est en train de remonter le long de mes jambes, mes cuisses. Il retrousse ma jupe jusqu’à la taille et dévoile ma petite culotte, une culotte très sage, en coton, noire. Il continue sa progression vers le haut, remonte ma blouse et me l’enlève. Ma poitrine est nue, offerte à son regard.
Il murmure : « ah, oui, tu ne portes pas de soutien-gorge. » Je souris. Il pose une main sur chaque sein. Je le regarde, fascinée par ses mouvements doux de ses mains tannées sur ma peau caramel. Il est plus ferme maintenant. Je retiens un hoquet quand il prend un sein dans sa bouche. Puis je me laisse aller à la caresse de sa bouche, à ses succions légères. Il s’occupe d’un sein plus de l’autre, ses mains et sa bouche m’arrachent de petits gémissements. Il semble prendre autant de plaisir que moi si j’en crois ses petits bruits de gorge. J’adore qu’on s’occupe ainsi de mes seins, je le lui avais confié. Je pense qu’il s’en souvient, car il continue ses caresses, ses pressions, ses succions, encore et encore. Un moment qui s’étire à l’infini et mon désir qui monte. Je me sais à la porte de l’orgasme. Ma voix est basse, étranglée quand je lui dis : « vous allez me faire jouir des seins, mon ami. » Il me regarde, un sein dans la bouche il me sourit et reprend son ouvrage de plus belle . Et… ah, oui la vague est là.
Agrippée à ses épaules, je feule, je m’arque quand la déferlante m’engloutit.
J’ouvre les yeux que je ne savais pas avoir fermés. Il est au-dessus de moi, la mine réjouie. « Je peux continuer… plus bas ou tu préfères faire une pause ?
– Continue. »
Il sourit encore plus largement : « tes désirs ma chère Tina… »
Il dénoue la ceinture qui retient ma jupe. Je soulève un peu les fesses pour l’aider à l’enlever. Il passe la main sur ma culotte, je frémis.
Il enlève ma culotte.
Il s’installe au-dessus moi puis sans tergiverser, il embouche mon clitoris. Des décharges de plaisir me transpercent. Et tout devient flou. Suce-t-il ? lèche-t-il ? Je n’en sais rien. Je sais juste que c’est bon. Mon clitoris, mes lèvres, ma rosette, cette impression que sa langue est partout à la fois. Est-ce un doigt en moi ? Ah, oui, deux même ! Je me trémousse et je prends ses doigts autant qu’ils me prennent. Il en présente un à l’entrée de mon cul, je le prends aussi. Sa bouche sur l’intérieur de mes cuisses. Il me mord doucement. Il s’est souvenu de ça aussi ! Ses doigts continuent leur danse dans mon intimité et sur mon clitoris tandis qu’il alterne morsures et baisers. J’emplis la chambre de mes soupirs, de mes petits cris à chaque morsure. Et je sens, je sens grandir en moi cette sensation… Et je sais, oui, je sais ! je le lui dis, je le lui cris même, que je viens, qu’il ne doit pas arrêter !
Il n’arrête pas, oh non, il n’arrête pas. Mais, une sensation nouvelle, c’est différent cette fois. Oui, je… Oh ! Cette fois, je suis la vague et j’inonde son visage alors qu’un orgasme me traverse. Il soupire mon nom et plaque sa bouche sur moi pour recueillir l’eau de ma source.
Il continue des caresses plus douces alors que je redescends. Puis il s’allonge à mes côtés. Il attire à lui mon corps nu encore tremblant. Il me glisse à l’oreille, « tu m’as fait un beau cadeau. »
Je suis bien incapable de dire un mot, je me blottis contre lui. « Attends. » Il s’assoit, se déshabille rapidement et se recouche en tirant la couverture à nous. « Repose-toi ma douce. » Je glisse dans un doux sommeil, le corps rassasié.

Je suis réveillée par le soleil qui filtre à travers les persiennes. Il est là. Il dort encore. Il a repoussé la couverture. Je regarde son torse, son visage, je vois les marques du temps, son corps de vieux monsieur… Délicatement, je pose une main sur son cœur, sous mes doigts, ses poils argentés. Je veux découvrir ce corps et l’aimer. Je me surprends à sourire alors que j’imagine ce que je pourrai lui faire. J’espère simplement qu’il acceptera, qu’il comprendra que pour moi, il est un tout et que je voudrais tout de lui, ses mots, son humour, son sourire, ses yeux sur moi, son corps sous moi.
Je me recouche contre lui en rêvant qu’il comprend et accepte.

 

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