Les yeux ouverts

« Je vous laisse partir maintenant, préparez-vous et attendez. »
Voilà ce qu’il m’a dit. Je venais de terminer mon café. Sans un mot, je me suis levée et je suis partie.
C’était le deal, du moment où le jeu commençait, je n’avais plus le droit de parler.
J’ai donc quitté le bar, l’Imprévue. Un café de quartier qui n’a pour seul mérite que de se trouver à côté de l’hôtel où nous avons nos habitudes.
Nos rencontres ritualisées commencent par un rendez-vous à l’Imprévue. Nous y définissons ensemble les règles du jeu. Puis, direction l’hôtel.
Cette fois, je partais seule, je devais me préparer et l’attendre.
Dans la chambre minuscule… Encore un rituel. Cette chambre qui abrita nos premiers ébats, accueillit aussi les suivants et ceux d’aujourd’hui.
Arrivée à la chambre, je fais une toilette rapide. Je m’assure que mes bas n’ont pas filé, qu’ils sont toujours bien fixés. Pour cette fois, j’avais choisi un ensemble noir. De la dentelle et des lacets formaient un écrin pour ma généreuse poitrine. Une culotte haute, encore des lacets dans le dos, à la chute des reins. J’espère qu’il aimera.
« Préparez-vous et attendez. » Bien il ne me reste plus qu’à attendre. Il m’a dit de m’allonger. Je le fais et j’éteins la lumière. J’ai laissé celle de la salle de bain allumée.
La pénombre est faite, comme il l’a demandé.
J’entends des pas devant la porte, le bip de la carte magnétique.
Il ouvre doucement.
Sa silhouette se détache dans l’encadrement de la porte. Mon pouls s’accélère, le jeu commencent vraiment.
Il reste un moment sur le seuil. Il m’observe, sans un mot, puis il entre. Je pense avoir vu un sourire réprimé, mais je n’en suis pas certaine.
Il pose sa serviette sur la table, enlève sa veste. Puis il reprend sa serviette et il s’assoie sur le lit à mes côtés. Je l’observe du coin de l’œil, je n’ai pas le droit de bouger, pas tant qu’il ne l’aura pas demandé.
J’entends des bruits, mais je ne peux pas voir ce qu’il fait.
Il s’éclaircit la gorge, puis : « ce soir, vous allez faire tout le travail ma chère ». J’entends un rire contenu dans sa voix. J’esquisse un sourire.
« Je vais juste vous aider un peu. Pour commencer, nous allons enlever cette culotte, elle vous va fort bien, mais vous n’en aurez pas besoin. »
Il se met à genoux et commence à enlever ma culotte. Je soulève le bassin pour l’aider. Il la fait glisser doucement, le long de mes jambes. Il prend soin de ne pas me toucher cependant. Dommage.
« Bien, maintenant, vous allez vous toucher. »
Je glisse une main dans mon entrejambe.
« Caressez votre clitoris. »
Ah, c’est ce qu’il voulait dire par "je vais faire tout le travail" ? Il va me regarder me masturber ? OK, pourquoi pas ? Je commence donc à me caresser doucement.
« Hum, mieux que ça ». Mes doigts se font un peu plus pressants, je sens dans le creux de mon ventre une tension qui s’installe. Il s’en rend compte probablement.
« Très bien, continuez comme ça. »
Je n’avais pas besoin de ses encouragements, mes doigts avaient entamé une partition maintes fois répétée.
« Mettez-vous un doigt. » Je m’exécute, de l’autre main, je glisse un doigt dans mon con.
« Répondez-moi, êtes-vous mouillée ? » ah, je pouvais parler.
« Oui »
« Parfait. Sortez donc ce doigt et mettez ceci à la place. » Il me tend un dildo enduit de lubrifiant. Je le saisis, écarte mes lèvres d’une main. De l’autre je fais entrer le jouet délicatement. « Vous savez quoi en faire, n’est-ce pas ?
– Oui
– Et bien, allez-y, continuer. Vous êtes libre de parler désormais.
– Merci »
D’une main, je reprends les caresses sur mon clito, de l’autre, je me prends lentement avec le dildo. La tension s’amplifie et mes premiers gémissements m’échappent.
« Laissez-vous aller, je veux vous entendre. »
Mon regard croise le sien, il est avide. Il m’encourage par des petits mots. Me demande si c’est bon, je réponds comme je peux, dans un souffle. Le plaisir monte lentement mais surement quand j’entends : « Arrêtez. »
Je suspens mes gestes et le regarde surprise, proche de la rébellion, je voudrais continuer à me prendre avec ce jouet.
« Tenez, je pense qu’avec ceci, ce sera encore mieux ». Dans sa main, un chapelet annal dont les trois boules noires luisent légèrement. À quel moment l’a-t-il préparé ?
« Je vais vous aider à le passer, voulez-vous ? Tournez- vous, sur le ventre. »
Je m’exécute, le jouet entre mes cuisses. Je sens ses mains sur mes fesses, du liquide, du lubrifiant probablement. Doucement, il insère les grains du chapelet, l’un après l’autre ? Je frémis.
« Voilà, restez sur le ventre et reprenez. »
Je glisse à nouveau la main sur mon clito, l’autre saisi le bout du jouet et je reprends la danse, ondule du bassin sur ma main. À chaque pénétration du jouet, le chapelet vient en réponse. Me voilà stimulée de toutes parts. Il avait raison, c’est bien mieux avec. Je lui dis. Il rit. Mes gémissements montent à nouveau, j’entends son souffle à mon oreille, je pense qu’il est en train de se branler, mais je ne vois rien.
Le sang bat dans mes tempes, j’ai chaud et cette vague qui monte. Mes gémissements enflent et remplissent la minuscule chambre. En contrepoint, le bruit mouillé du jouet qui entre en moi de plus en plus vite. Et lui qui me demande si je viens. Et moi qui enchaine les oui crescendo jusqu’au moment ultime où la déferlante m’emporte, et ce cri qui m’échappe quand il m’enlève d’un coup le chapelet.
Je n’ai pas de mot pour décrire ce moment où tout mon corps se tend de plaisir. Ce moment où alors même que je ne bouge plus mes mains mon corps tressaute encore.
Je redescends doucement, je ris, comme toujours. Il passe une main sur mon dos, mes fesses. Sa voix dans mon oreille : « j’ai adoré vous voir jouir mon Amie ». Un baiser tendre sur la joue. Il s’allonge à mes côtés et me prend en cuillère alors que je m‘endors, comme toujours.