Soir d'été, j'ai rencontré un homme, un homme que j'avais découvert au fil des tweets...

Comme à mon habitude, je suis arrivée en avance à ce rendez-vous. Mon fidèle carnet est sur la table, et j’écris pour patienter, pour me calmer un peu.
Il arrive peu après, il est lui aussi en avance.
« Coucou. »
Je lui souris et réponds par un salut un peu étranglé. Il se penche pour me faire la bise et se faisant, il pose une main légère sur mon épaule. Ses doigts effleurent mon cou. Je frissonne. Déjà.
Il s’assoit à mes côtés, à la terrasse de ce café parisien.
Je le regarde faire. Je regarde sans dire un mot.
Je suis intimidée.
Comment croire que je puisse encore l’être ? Des mois que lui et moi échangeons, qui des messages enflammés, qui des photos de nus.
Intimidée, je le suis, face à cet homme devant lequel pourtant je me suis plus d’une fois dévoilée, caressée. Cet homme sous les yeux duquel j’ai joui, maintes fois, les écouteurs bien enfoncés dans les oreilles pour entendre les mots doux et les crus qu’il soufflait sur mon désir.
Oui, je suis intimidée, un peu émue aussi.
« Tu es belle », me glisse-t-il à l’oreille.
Mon sourire se fait plus large. Je ne le regarde plus, je n’ose pas.
Le serveur arrive. Nous commandons deux cocktails. À nos débuts, avant même que nous ne soyons amants, je lui avais promis un mojito ou deux, parce que je l’aimais bien.
Nous échangeons quelques banalités.
Les mojitos arrivent.
Nous trinquons. Nos regards se croisent, nos sourires aussi. « Je suis heureuse d’être là, avec toi. » Lui aussi est heureux.
Je détourne à nouveau le regard et me félicite que la disposition des chaises, quasiment côte à côte, ne m’oblige pas à lui faire face. L’émotion qui me traverse est bien trop intense. Être à ses côtés après tout ce temps à s’aimer à distance…
L’alcool aidant, je me détends un peu, ma langue se délie et notre conversation est désormais bien plus vive, nous rions même.
« J’aime ton rire. » Il me prend de cours, je remercie.
« J’aime bien ta robe aussi, elle te va bien.
– Je sais
– Coquine…
– Tu n’as pas idée !
– Un peu quand même, non ? » il arbore ce sourire puis il fait cette moue légère que j’ai appris à aimer.
Je reprends : « C’est bien que tu aimes bien ma robe… 
– Ah, oui ? Pourquoi ?
– Parce que c’est mon seul vêtement… » Je laisse un peu trainer ma voix et le regarde. Sur son visage, la surprise fait vite place à cet air que je lui connais bien.
« Coquine ! » dit-il à mon oreille, en détachant les syllabes. Est-ce que je glousse ? Oui. Je glousse.
Il s’agite un peu sur sa chaise.
« Eh bien, qu’est-ce qui t’arrive ? » Je pense savoir, mais je veux qu’il le dise. Il se penche un peu plus, sa bouche est quasiment collée à mon oreille quand il murmure « Je bande. »
Je frissonne à nouveau et j’essaie de garder une mine impassible. J’échoue. Dans mon oreille : « tu mouilles ? 
– Oui.
– Bien.
– Tu veux terminer ? » Je demande en montrant son cocktail à peine entamé.
« Non et toi ?
– Non plus. On y va ?
– Oui. »
Je fais signe au serveur, il nous apporte la note. Je paie.
Et nous quittons la terrasse.

 

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